Il y a des journées où tout semble prendre plus de place que prévu.
Un bruit qui devient rapidement insupportable, une remarque que vous ressassez pendant des heures, une conversation difficile qui continue à vous occuper bien après qu’elle soit terminée, une journée passée avec beaucoup de monde dont vous ressortez épuisé(e), avec le besoin urgent de vous retrouver seul(e).
Et en filigrane, une pensée qui revient : « Je suis vraiment trop sensible. »
Tout ce qui se passe autour de vous semble vous atteindre avec intensité, générant parfois des flots d'émotions et une fatigue profonde.
Pour certaines personnes, cette impression d’être « trop » fait partie du quotidien et cela peut être déstabilisant, surtout lorsque l’entourage semble vivre les mêmes situations sans difficulté particulière.
Mais être particulièrement sensible ne signifie pas nécessairement qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez vous.
Quand le quotidien devient rapidement intense
L’hypersensibilité peut se manifester de différentes façons. Il n’existe pas une seule manière de la vivre.
Certaines personnes sont particulièrement sensibles aux stimulations sensorielles. Un environnement bruyant peut rapidement devenir fatigant. Plusieurs conversations en même temps, une lumière agressive, des sollicitations permanentes ou certains contacts physiques peuvent finir par saturer l’attention. Ainsi, après plusieurs heures dans un environnement très stimulant, le besoin de calme peut devenir particulièrement important.
Pour d’autres, c’est surtout la dimension émotionnelle qui prend beaucoup de place. Une remarque anodine peut provoquer une émotion importante, un conflit peut être difficile à laisser derrière soi. Les émotions des autres peuvent également être ressenties avec beaucoup d’intensité. Vous pouvez rentrer chez vous après une journée pourtant « normale » et avoir besoin de vous isoler simplement parce que vous avez l’impression d’avoir absorbé énormément de choses.
Il y a également la surcharge sociale. Être avec d’autres personnes peut être agréable... tout en étant épuisant. Vous aimez voir vos proches, participer à une soirée ou discuter pendant des heures mais il vous faut ensuite un temps à vous, pour récupérer. Ce besoin de récupération n'est pas un signe que vous n'aimez pas les autres. Il peut simplement être nécessaire à votre équilibre. Votre seuil de stimulation peut simplement être atteint plus rapidement.
« Pourquoi les autres y arrivent-ils et pas moi ? »
C'est souvent là que la difficulté commence vraiment.
Parce que lorsque votre fonctionnement diffère de celui des personnes qui vous entourent, vous pouvez être tenté(e) de prendre leur manière de fonctionner comme référence.
Vous vous dites :
« Les autres supportent bien ce bruit. »
« Tout le monde était à cette soirée, pourquoi suis-je épuisé(e) ? »
« Cette remarque n'était pourtant pas si grave. »
« Il faudrait que j'arrive à prendre les choses moins à cœur. »
Au fil du temps, la sensibilité elle-même peut devenir un problème à vos yeux. Vous ne cherchez plus seulement à comprendre ce que vous ressentez. Vous cherchez à ne plus le ressentir.
Pourtant, une première étape peut consister à remplacer la question :
« Pourquoi suis-je comme ça ? »
par :
« De quoi ai-je besoin dans cette situation ? »
Ce changement peut sembler minime.
Il modifie pourtant complètement la manière de considérer ce qui se passe.
Hypersensibilité : un trait, pas forcément un trouble
Le terme « hypersensibilité » est aujourd'hui très utilisé dans le langage courant.
Il est toutefois important de ne pas en faire automatiquement un diagnostic. Une sensibilité élevée peut correspondre à un tempérament ou une manière de fonctionner, sans constituer en elle-même une maladie. Mais une fatigue importante, une anxiété persistante, une humeur très basse, des difficultés majeures dans les relations ou une souffrance qui empêche de vivre normalement peuvent avoir d'autres causes et méritent d'être évaluées. Dans ce cas, mieux vaut ne pas tout attribuer à l'hypersensibilité. Un médecin, un psychologue ou un psychiatre peut aider à comprendre ce qui se passe et à déterminer si un accompagnement spécifique est nécessaire.
Se reconnaître dans la description de l'hypersensibilité ne signifie pas nécessairement qu'il existe un trouble à diagnostiquer ou à traiter.
Et si vous arrêtiez de lutter contre chaque émotion ?
L'objectif d'un accompagnement en hypnose n'est pas de rendre quelqu'un moins sensible ni de faire disparaître les émotions ou de devenir indifférent à ce qui se passe autour de soi.
On peut plutôt chercher à développer une relation différente avec cette sensibilité. L'hypnose peut notamment aider à identifier plus rapidement les moments où la stimulation devient trop importante et à mobiliser en soi les ressources nécessaires pour retrouver davantage de bien-être au quotidien.
Créer des « bulles » de récupération
Lorsque l'on attend d'être complètement épuisé(e) pour prendre une pause, il est souvent déjà trop tard.
Il peut être intéressant de créer volontairement des espaces de récupération dans son quotidien : quelques minutes de silence, une promenade seul(e), un moment sans écran, une activité répétitive et apaisante…
L'enjeu est de faire de la récupération un besoin légitime plutôt qu'une bouée de sauvetage lorsque tout est devenu trop intense.
Retrouver un état de calme
L'hypnose peut également être utilisée pour travailler sur des sensations de calme et de sécurité. L'idée n'est pas nécessairement de supprimer une émotion désagréable, mais de pouvoir retrouver plus facilement un état dans lequel elle devient plus supportable. Des techniques d'ancrage peuvent notamment aider à associer certains gestes, sensations ou images à un état de calme que l'on pourra ensuite mobiliser plus facilement, quand le besoin s'en fait sentir.
Changer certaines histoires que l'on se raconte
Il y a parfois deux difficultés différentes : ce que l'on ressent et ce que l'on pense de ce que l'on ressent.
Être très ému(e) est une chose. Se dire immédiatement « je suis ridicule », « je suis incapable de gérer » ou « je suis trop compliqué(e) » en est une autre. Ces pensées peuvent finir par renforcer l'émotion initiale.
Un accompagnement peut permettre d'explorer ces automatismes et de construire progressivement un regard moins dur sur soi-même.
Quelques pistes à expérimenter au quotidien
L'hypnose n'est évidemment pas le seul moyen de mieux vivre avec une sensibilité importante.
Certaines choses très simples peuvent déjà faire une différence.
Prévoyez du temps seul.
Si les interactions sociales vous sollicitent beaucoup, avoir régulièrement des moments sans stimulation peut permettre de récupérer avant d'atteindre la saturation.
Identifiez vos sources de surcharge.
Bruit, foule, conflits, manque de sommeil, écrans, sollicitations professionnelles… Essayez de repérer ce qui vous coûte réellement de l'énergie.
Créez vos propres rituels de transition.
Quelques minutes de calme en rentrant chez vous peuvent aider à marquer la séparation entre la journée et le temps personnel.
Apprenez à poser des limites.
Dire « non », quitter une soirée plus tôt ou demander un peu de calme n'est pas nécessairement un échec social.
Vous n'avez pas besoin d'attendre d'être au bord de l'épuisement pour prendre vos besoins au sérieux.
Et surtout, essayez d'observer votre dialogue intérieur.
Remplacez peut-être :
« Je suis trop sensible. »
par :
« Cette situation me demande beaucoup. De quoi ai-je besoin maintenant ? »
Ce n'est pas une formule magique. C'est simplement une manière différente de se considérer.
Être sensible ne signifie pas être fragile
L'hypersensibilité est parfois présentée comme un super-pouvoir.
Cette vision peut sembler positive, mais elle peut aussi devenir une nouvelle injonction : puisqu'on serait hypersensible, il faudrait forcément être plus intuitif, plus empathique, plus créatif…
La réalité est probablement beaucoup plus simple.
Une sensibilité importante peut être agréable dans certaines situations et difficile dans d'autres. Elle peut permettre de remarquer beaucoup de choses tout en rendant certaines stimulations plus fatigantes. Elle n'a pas besoin d'être transformée en qualité exceptionnelle pour être acceptée.
Vous avez simplement le droit de fonctionner d'une certaine manière, avec vos forces, vos limites et vos besoins.
Et si « tout est trop » certains jours, la question n'est peut-être pas de devenir moins sensible. Peut-être s'agit-il plutôt d'apprendre à mieux reconnaître ce qui vous surcharge, à récupérer avant l'épuisement et à vous parler avec un peu moins de dureté.
L'accompagnement en hypnose peut s'inscrire dans cette démarche, sans remplacer un suivi médical ou psychologique lorsqu'il est nécessaire.