Vous venez de réussir quelque chose : un projet important, un examen, une prise de parole, une promotion ou un nouveau travail. Peut-être même quelque chose que vous attendiez depuis longtemps.

Les autres vous félicitent.... et pourtant, il y a une petite voix qui vous dit :

« J’ai simplement eu de la chance. »

« Ils vont finir par se rendre compte que je ne suis pas à la hauteur. »

Alors vous relativisez, vous expliquez que ce n’était pas si difficile, que vous avez été aidé(e), que les circonstances vous ont été favorables.

Mais surtout, vous vous dites qu’il faudra faire mieux la prochaine fois.

Si cette façon de fonctionner vous est familière, vous avez peut-être déjà rencontré ce que l’on appelle le syndrome de l’imposteur.

Ce terme désigne le sentiment persistant de ne pas être réellement à la hauteur de la place que l’on occupe, malgré des réussites objectives.

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne concerne pas uniquement les personnes qui manquent de confiance en elles.

Il peut aussi toucher des personnes compétentes, expérimentées, reconnues… qui ont simplement beaucoup de mal à reconnaître leur propre valeur.

Cinq signes qui devraient vous parler

Ce ne sont pas des symptômes au sens médical du terme, juste des façons de penser très répandues, que beaucoup de personnent vivent en silence en pensant être les seules concernées.

1. Vous minimisez systématiquement vos réussites

Vous avez réussi, mais vous trouvez immédiatement une explication qui permet de ne pas vraiment vous attribuer cette réussite ou d'en minimiser l'importance.

« J’ai eu de la chance. »

« C’était facile. »

« Tout le monde aurait pu le faire. »

« J’ai juste beaucoup travaillé. »

Le problème apparaît lorsque tout ce qui pourrait confirmer votre compétence est systématiquement attribué à autre chose qu’à vous-même.

Il existe alors une sorte de déséquilibre : vos réussites deviennent accidentelles, tandis que vos échecs deviennent des preuves de votre valeur réelle.

2. Vous avez peur que l’on finisse par vous « démasquer »

C’est probablement l’un des aspects les plus caractéristiques. Vous avez l’impression que votre entourage vous attribue des compétences que vous ne possédez pas réellement.

Vous travaillez, vous avancez, vous donnez le change… mais quelque part, vous attendez le moment où quelqu’un dira :

« En fait, vous n’êtes pas aussi compétent(e) que nous le pensions. »

Cela peut créer une vigilance permanente : avant une réunion, vous préparez tout trois fois. Avant de rendre un travail, vous vérifiez encore et encore. Lorsque quelqu’un vous pose une question, vous craignez de ne pas avoir la réponse.

Et même lorsque tout se passe bien, le soulagement est parfois de courte durée car une pensée revient : « Cette fois, j'ai donné le change. Mais la prochaine fois, ils vont s'en rendre compte. »

Cette peur peut paradoxalement pousser à surtravailler, perfectionner, contrôler et anticiper constamment.

3. Vous vous comparez aux autres en permanence

Vous regardez les autres et vous voyez ce qu’ils savent faire. Vous voyez leur assurance, leur expérience, leurs réussites, leur aisance. Mais vous voyez rarement ce qu’ils vivent intérieurement.

Vous comparez donc souvent votre intérieur avec leur extérieur.

Votre collègue semble parfaitement à l’aise pendant une présentation ? Vous ne voyez pas les heures qu’il a passées à préparer.

Quelqu’un de votre entourage semble évoluer professionnellement beaucoup plus vite que vous ? Vous ne connaissez pas forcément ses doutes, ses difficultés ou les circonstances qui ont facilité son parcours.

Et pourtant, votre cerveau peut transformer cette comparaison en conclusion :

« Tout le monde avance sauf moi. »

Les réseaux sociaux peuvent encore amplifier ce mécanisme en donnant principalement accès aux réussites des autres.

À force, la comparaison ne sert plus à apprendre ou à s’inspirer.

Elle sert à mesurer tout ce qui vous manquerait.

4. Vous avez du mal à accepter les compliments

Quelqu’un vous félicite.

Votre première réaction ?

« Oh, tu exagères. »

« Ce n’est rien. »

« J’ai juste fait mon travail. »

Ou peut-être un rire gêné, suivi immédiatement d’une explication destinée à relativiser.

Recevoir un compliment peut devenir étonnamment inconfortable lorsque celui-ci entre en contradiction avec l’image que l’on a de soi.

Il crée alors presque une tension :

« Si cette personne pense vraiment que je suis compétent(e), je vais devoir être à la hauteur de cette image. »

Il peut sembler plus rassurant de repousser le compliment. Ainsi, personne ne risque d’attendre trop de vous.

Mais à force de repousser les signes positifs que les autres vous renvoient, vous finissez par disposer de très peu d'éléments venant contredire votre propre doute.

5. Vous pensez que vous devrez toujours prouver votre valeur

Une réussite ne suffit jamais vraiment. Elle permet simplement de passer à l’étape suivante.

Vous obtenez votre diplôme ? Il faut maintenant trouver un emploi.

Vous décrochez l’emploi ? Il faut faire ses preuves.

Vous êtes reconnu(e) dans votre travail ? Il faut maintenant obtenir une promotion.

Et lorsque vous l’obtenez ? Il faut immédiatement démontrer que vous la méritez parce qu'au fond, on le sait bien, vous ne la méritez pas. Enfin, c'est là ce que vous croyez.

La réussite devient alors moins une source de satisfaction qu'une obligation permanente de continuer à prouver sa légitimité.

Vous pouvez avoir l’impression d’être constamment en train de passer un examen dont personne ne vous a pourtant annoncé la date.

Et derrière tout cela se trouve parfois une question beaucoup plus profonde :

« Est-ce que j’ai vraiment le droit d’être là ? »

Se reconnaître dans un ou deux de ces signes est extrêmement courant. S'y reconnaître dans les cinq ne veut pas dire que vous êtes plus « atteint(e) » qu'un autre, juste que ce fonctionnement s'est bien installé chez vous.

Mais d’où vient ce sentiment ?

Il n’existe pas une seule explication au phénomène de l’imposteur et il n’est pas nécessaire de chercher une cause cachée ou de refaire toute son histoire personnelle pour commencer à comprendre ce qui se passe.

Notre rapport à la réussite, à l’erreur et à notre propre valeur se construit notamment à travers les messages que nous avons reçus et les environnements dans lesquels nous avons évolué.

Certaines personnes ont grandi dans un contexte où l’excellence était fortement valorisée.

D’autres ont appris qu’il fallait être autonome, ne pas se plaindre, faire toujours mieux ou ne surtout pas décevoir.

Certaines ont reçu beaucoup de reconnaissance pour leurs résultats, mais peu pour leurs efforts, leur créativité ou simplement pour ce qu’elles étaient.

Et puis il y a notre environnement actuel.

La culture de la performance nous pousse facilement à considérer que nous devrions toujours progresser, être plus efficaces, mieux travailler, mieux gérer notre temps, mieux prendre soin de nous…

Même le repos peut parfois devenir une performance.

Il n’est pas très étonnant que dans ce contexte, certaines personnes aient du mal à se dire :

« Ce que je fais est suffisamment bien. »

Comprendre cela ne signifie pas chercher un responsable. Cela permet surtout de constater que notre manière de nous parler n’est pas forcément une vérité sur nous-mêmes.

C’est une manière de fonctionner qui a pu s’installer.

Et ce qui s’est installé peut évoluer.

Et l’hypnose dans tout ça ?

L’objectif d’un accompagnement en hypnose n’est pas de vous convaincre artificiellement que vous êtes extraordinaire.

Il ne s’agit pas non plus de remplacer une pensée négative par une affirmation positive que vous ne croyez pas.

L’enjeu peut être beaucoup plus simple : observer comment votre esprit fonctionne lorsque vous doutez de vous.

Que se passe-t-il juste avant que vous minimisiez une réussite ?

Comment réagissez-vous intérieurement à une erreur ?

Que vous dites-vous lorsque quelqu’un vous félicite ?

Qu’attendez-vous de vous-même avant d’accepter de considérer quelque chose comme « suffisamment bien » ?

Ces mécanismes sont parfois tellement automatiques qu’on ne les remarque même plus.

L’hypnose peut permettre de travailler autrement avec eux, notamment autour de plusieurs axes :

  • la relation à l’erreur, pour qu’elle ne soit plus automatiquement vécue comme une preuve d’incompétence ;
  • la légitimité, pour pouvoir progressivement occuper sa place sans avoir besoin de la justifier en permanence ;
  • les ressources et les expériences de réussite, afin de ne pas laisser les échecs prendre toute la place dans la perception que l’on a de soi ;
  • le dialogue intérieur, pour construire une relation moins systématiquement critique avec soi-même.

Il ne s’agit donc pas de devenir quelqu’un qui ne doute jamais car le doute peut être utile.

L’objectif est plutôt de pouvoir douter sans que le doute devienne systématiquement un verdict.

Et si ce n’était pas simplement un manque de confiance ?

Le sentiment d’imposteur peut être inconfortable, parfois très lourd.

Mais il est important de distinguer un doute sur ses compétences d’une souffrance psychologique profonde.

Si vous êtes confronté(e) à une souffrance intense, à une anxiété importante, à un état dépressif, à des difficultés qui envahissent fortement votre quotidien ou à des idées noires, un accompagnement médical et/ou psychologique est nécessaire.

Dans ces situations, l’hypnose ne doit pas se substituer à un diagnostic ou à une prise en charge médicale ou psychothérapeutique adaptée.

Un médecin, un psychologue ou un psychiatre pourra vous aider à évaluer ce qui se passe et à déterminer l’accompagnement le plus approprié.

Vous n’avez peut-être pas besoin de devenir quelqu’un d’autre

Le syndrome de l’imposteur peut donner l’impression d’être seul(e) à ressentir cela. Pourtant, nombre de personnes compétentes doutent de leur légitimité, minimisent leurs réussites ou ont peur de ne pas être à la hauteur.

Vous pouvez donc réussir ET douter.

Être compétent(e) ET avoir peur de faire une erreur.

Être apprécié(e) ET avoir du mal à croire les compliments.

Avoir de l’expérience ET continuer à vous demander si vous êtes vraiment légitime.

Ces contradictions ne font pas de vous un imposteur.

Elles montrent simplement que la perception que nous avons de nous-mêmes ne correspond pas toujours à la réalité de ce que nous sommes capables de faire.

Il est possible d'apprendre progressivement à regarder ses réussites autrement, à accueillir l’erreur différemment et, surtout, à modifier la manière dont on se parle intérieurement.

Peut-être qu’après tout, la prochaine fois que cette petite voix vous dira :

« Tu as juste eu de la chance. »

Vous pourrez simplement lui répondre :

« Peut-être. Mais pas seulement. »